1931 · Rouen

Rouen — Cinq-centième anniversaire de Jeanne d'Arc

Ville de Rouen

Le Palais de Justice de Rouen illuminé par Jacopozzi pour le cinq-centième anniversaire du martyre de Jeanne d'Arc, 1931 — photographie Léon Gimpel © Archives Jacopozzi

Le 30 mai 1431, Jeanne d’Arc est brûlée vive sur la place du Vieux-Marché à Rouen. Cinq cents ans plus tard, la ville commémore le martyre. Pour illuminer ses monuments, elle fait appel à Fernand Jacopozzi.

C’est 1931 — l’avant-dernière année de sa vie. La même saison voit Jacopozzi signer l’illumination du temple d’Angkor à l’Exposition coloniale de Vincennes. Il est au sommet de sa renommée, et sa santé décline.

Une ville pour mémorial

Rouen n’est pas un monument — c’est une ville entière qui se souvient. Jacopozzi illumine simultanément cinq édifices :

  • La cathédrale Notre-Dame de Rouen — sa façade gothique flamboyante, l’une des plus complexes de France, aux portails profondément sculptés et aux tours dissemblables
  • L’Hôtel de Ville — façade Renaissance, sobre et horizontale, en contraste avec le gothique de la cathédrale
  • Le Palais de Justice — chef-d’œuvre du gothique civil normand, ses dentelles de pierre taillées à l’extrême
  • L’église Saint-Ouen — gothique rayonnant du XIVe siècle, sa nef parmi les plus hautes de Normandie
  • L’église Saint-Maclou — gothique flamboyant tardif, son porche à cinq arcades l’un des plus ornés de France

Chaque édifice reçoit un traitement distinct, adapté à sa géométrie et à ses matériaux. C’est la même logique que pour Notre-Dame de Paris en 1930 : la lumière révèle, elle ne décore pas.

La technique de la lumière rasante sur le gothique normand

La cathédrale de Rouen est l’un des sujets les plus difficiles que Jacopozzi ait traités. Sa façade ouest — rendue célèbre par les séries de Monet — est une accumulation de portails, de niches, de gâbles, de pinacles, d’archivoltes : une forêt de pierre en profondeur variable. Aucun éclairage frontal ne peut en rendre la complexité sans l’aplatir.

Jacopozzi positionne ses projecteurs à angle très faible par rapport à la surface — quelques degrés seulement — de sorte que la lumière effleure chaque relief sans jamais le noyer. Le résultat : les voussures des portails se déroulent en profondeur, chaque registre distinct du précédent ; les niches projettent leurs propres ombres ; les pinacles se détachent sur le ciel nocturne comme des flammes de pierre.

Le Palais de Justice reçoit un traitement différent : ses colonnettes et ses remplages de pierre blanche sont pris en lumière latérale douce, qui en souligne le dessin sans les sur-exposer. L’Hôtel de Ville, plus sobre, est traité en lumière régulière qui souligne son rythme de façade sans chercher le relief.

L’une des dernières commandes

La commande de Rouen arrive en 1931, quand Fernand Jacopozzi a cinquante-trois ans et que sa santé se dégrade. Il dirige les chantiers normands depuis Paris, en déléguant la supervision quotidienne à ses équipes. C’est l’une des organisations les plus complexes de sa carrière : cinq édifices répartis dans le centre-ville de Rouen, avec les contraintes de câblage et de générateurs propres à chaque site.

Jacopozzi rentre à Paris après les cérémonies. Le 5 février 1932, il meurt dans sa maison du 13e arrondissement. Il avait été nommé Commandeur de la Légion d’honneur deux semaines plus tôt, le 22 janvier.

Rouen 1931 est l’une de ses dernières grandes œuvres. Le temple d’Angkor à l’Exposition coloniale, quelques mois plus tôt dans la même année, en est l’autre.