Paris · 1877 — 1932

FERNANDJACOPOZZI

Le magicien de la lumière · qui fit de Paris la Ville Lumière
Acte I — V · Récit en quatre lumières Défilez ↓

Fernand Jacopozzi — Le Magicien de la Lumière

Ingénieur-illuminateur italo-français (1877–1932), Fernand Jacopozzi a fait de Paris la Ville Lumière à travers quatre grandes œuvres.

Acte I — L'arrivée d'un Florentin (1900) : À vingt-trois ans, Fernando débarque à Paris pour l'Exposition universelle. Fasciné par le Palais de l'Électricité, il décide d'apprendre l'électricité et de consacrer sa vie à l'illumination.

Acte II — Le Faux Paris (1917–1918) : Chargé par Clemenceau de protéger Paris des bombardiers allemands, Jacopozzi construit en secret une réplique lumineuse de la capitale à vingt kilomètres au nord-est. Le dispositif, prêt après le dernier raid, ne fut jamais utilisé.

Acte III — Les Années Lumière (1919–1932) : Le 14 juillet 1919, Jacopozzi illumine l'Hôtel de Ville pour le Défilé de la Victoire. La même année, les Magasins du Louvre lui commandent les premières illuminations de l'après-guerre — treize années de règne absolu.

Acte IV — La Tour Eiffel Citroën (1925) : Deux cent cinquante mille ampoules transforment la Tour Eiffel en panneau publicitaire géant pour Citroën — visible à quarante kilomètres.

Nommé Commandeur de la Légion d'honneur le 22 janvier 1932, Fernand Jacopozzi décède deux semaines plus tard. Il repose au Père-Lachaise, division 86.

« La Tour Eiffel avait revêtu sa plus belle robe du soir. »

— Marie Laurencin, 1925
Acte premier

L'arrivée d'un
Florentin

Paris, 1900

À vingt-trois ans, Fernando débarque dans une capitale métamorphosée par l'Exposition universelle. Au Palais de l'Électricité, des fontaines changent de couleur. Pour lui, ce sera une révélation.

Mais l'expatriation referme ses portes, et Paris s'enracine dans le noir. Aîné de sept enfants d'une famille aisée de la bourgeoisie florentine, parti tenter sa chance en France, il prend alors une décision : il apprendra l'électricité. Il deviendra celui qui rendra à la nuit parisienne ce qu'elle avait perdu.

Le Palais de l'Électricité illuminé de nuit, Exposition universelle de Paris, 1900 Neurdein Frères — Domaine public
Le Palais de l'Électricité — Exposition universelle de Paris, 1900. C'est ici que Fernando Jacopozzi, à vingt-trois ans, décide de consacrer sa vie à la lumière.
1877
Naissance · Florence
7
Aîné de sept enfants
1900
Arrivée à Paris
Acte deuxième

Le Faux Paris

— secret défense, 1917–1918

Quand les bombardiers allemands commencent à zébrer le ciel parisien, Clemenceau fait appel au magicien des lumières. Sa mission : devenir maître des ombres et, bien, en secret, le mime de Paris.

Vingt kilomètres au nord-est, sur une boucle de la Seine identique à celle qui traverse la capitale, Jacopozzi construit une réplique nocturne : une fausse gare de l'Est entre Sevran et Villepinte, de fausses usines, de faux Champs-Élysées. Des bâtiments en bois recouverts de toiles peintes translucides. Des lampes blanches, jaunes et rouges éclairant alternativement des vapeurs produites artificiellement — comme les fournaises des vrais ateliers.

Son chef-d'œuvre : un train en marche. Sur dix-huit cents mètres, des centaines d'ampoules s'allument l'une après l'autre, faisant courir une lumière progressive d'une exactitude à faire frémir. Vu d'en-haut, l'illusion est parfaite.

Le dispositif fut prêt après le dernier raid allemand. Il ne sera jamais testé. On apprendra plus tard que les Allemands préparaient la même stratégie.

Un Zeppelin découvert par les projecteurs au-dessus de Maisons-Laffitte, 21 mars 1915, 2 h du matin Illustration de presse — Domaine public
Zeppelin découvert par les projecteurs au-dessus de Maisons-Laffitte — 21 mars 1915, 2 h du matin. C'est contre cette menace que Jacopozzi construisit le Faux Paris.
Acte troisième

Les Années
Lumière

— 1919 — 1932

Le 14 juillet 1919, à peine la paix revenue, Jacopozzi illumine l'Hôtel de Ville pour le Défilé de la Victoire. La même année, les Grands Magasins du Louvre lui commandent les premières illuminations civiles de l'après-guerre. Treize années de règne absolu commencent.

La façade des Magasins du Louvre devient son laboratoire : décors animés sur dix mètres de haut, motifs si saisissants que l'enseigne les revend à l'unité une fois la fête achevée. Pendant treize hivers de suite, jusqu'à sa mort, ce sera son client le plus fidèle.

Sa cigogne de quatre mille six cents ampoules déploie ses ailes au-dessus d'un village miniature, distribue des jouets, s'éloigne dans une neige qui s'arrête. L'émulation s'empare des autres. Au BHV, le clown jongle. À la Samaritaine, le Père Noël. Tout Paris vient regarder.

« Il créait ces illuminations de Noël pour que même les enfants pauvres aient droit à un spectacle féérique. »
— Donatella, sa fille

Notre-Dame baignée en juin 1930 d'une lumière indirecte de cinq cents projecteurs — un procédé qu'il invente et que le monde entier copiera. Le temple d'Angkor reconstitué pour l'Exposition coloniale de 1931. La cathédrale de Rouen pour le cinq-centième anniversaire de Jeanne d'Arc. Ses ateliers exportent en Angleterre, en Belgique, en Espagne.

Illuminations des Magasins du Louvre réalisées par Fernand Jacopozzi, vers 1919–1931 Collection Jacopozzi — tous droits réservés
Les illuminations des Magasins du Louvre — treize hivers de suite, de 1919 à la mort de Fernand en 1932. Façade de la rue de Rivoli, Paris.
Acte quatrième

La Dame de fer

— exposition des arts décoratifs, 1925

À l'occasion de l'Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes, Gabriel Thomas, administrateur de la Société de la Tour Eiffel, souhaite animer la Dame de fer d'un jeu de lumière jamais vu. Il fait appel à Fernand Jacopozzi.

Pour convaincre, Jacopozzi construit une maquette de bois et de mica. Il démarche les grands industriels un à un. Peugeot décline. Les Magasins du Louvre refusent. Louis Renault refuse. André Citroën, lui, reçoit l'ingénieur en personne, séduit par l'audace du projet : il donne son accord — et conservera jusqu'à sa mort le contrôle direct de tout ce qui touche à la Tour.

Le 23 mai 1925, les travaux commencent. Un caniveau de 300 mètres relie le socle de la Tour à un transformateur installé au pied du pilier sud. Trente-deux câbles — quinze tonnes — courent sur 250 mètres jusqu'à la cabine de distribution du deuxième étage.

L'équipe habituelle de Jacopozzi refuse de monter. Il recrute des gabiers de la marine nationale et des acrobates de cirque qui, suspendus dans le vide, posent 250 000 ampoules de six couleurs le long des kilomètres de fils. Le 4 juillet, à quatre heures du matin, depuis un bateau-mouche, il donne le signal : pour la première fois, la Tour s'allume au-dessus de Paris.

Dix animations s'enchaînent toutes les quarante secondes : robe d'étoiles, signes du zodiaque, flammes — et ces fameuses comètes qui jaillissent de haut en bas pour dessiner le nom CITROËN. La Tour brille à quarante kilomètres à la ronde. Deux ans plus tard, Charles Lindbergh racontera avoir vu de très loin l'éclairage de la Tour Eiffel cette nuit-là.

La Tour Eiffel illuminée la nuit, avec deux statues en premier plan, vers 1925 Collection Jacopozzi — tous droits réservés
La Tour Eiffel parée de ses 250 000 ampoules Citroën — visible à quarante kilomètres à la ronde. Paris, 4 juillet 1925.
250 000
Ampoules de six couleurs
57 km
De fils tendus dans le vide
40 km
Rayon de visibilité nocturne

« Je suis décorateur et j'aime la lumière. Avec elle, je souhaite créer une atmosphère de joie et de beauté. »

— Fernand Jacopozzi, dans l'un de ses derniers entretiens
12 septembre 1877 · 5 février 1932