« Je suis décorateur et j'aime la lumière. Avec elle, je souhaite créer une atmosphère de joie et de beauté. »
— Fernand Jacopozzi
I1877 — 1900
Origines florentines
Né sous le soleil de Toscane, destiné aux lumières de Paris
Fernand Jacopozzi naît le 12 septembre 1877 à Florence, au sein de la bonne bourgeoisie florentine. C'est l'électricité naissante qui captivera le jeune homme — cette force invisible, alors à peine sortie des laboratoires, capable de faire jaillir la lumière du néant.
Après des études d'ingénieur à Florence, il part pour Paris en 1900, à vingt-deux ans. La France est en ébullition : l'Exposition universelle illumine les bords de Seine, et la ville entière semble n'être qu'une seule et immense lanterne.
Wikimedia Commons — domaine public
Florence à la fin du XIXe siècle — la ville natale de Fernand Jacopozzi.
Domaine public
II1902 — 1916
Les premières lumières
Devantures, enseignes et cinémas : l'apprentissage parisien
Paris l'absorbe. Fernand Jacopozzi travaille d'abord pour la maison Paz et Silva, puis fonde ses propres ateliers — Jacopozzi et Cie en 1903, spécialisée dans la décoration de devantures et d'enseignes, puis les Établissements Jacopozzi en 1907. Sa signature : l'enseigne lumineuse animée, ces lettres qui semblent s'écrire d'elles-mêmes dans la nuit.
Il est aussi architecte de cinéma : il conçoit et construit plusieurs des premiers grands cinémas parisiens — le Passy en 1912, l'Aubert-Palace en 1915. Des façades entières se couvrent d'ampoules qui s'allument en séquence. La foule s'arrête, bouche bée. Les journaux parlent de « féerie ». Fernand Jacopozzi apprend, scène après scène, à faire de la lumière un spectacle.
Archives Jacopozzi
« Si vous montez un cinéma » — les Établissements Jacopozzi, rue de Bondy, construisaient des salles clef en main, « de la charpente jusqu'au film en marche ». Le grand cinéma des Nouveautés, boulevard des Italiens, leur fut confié.
Archives Jacopozzi
À savoir
À partir de 1919, les Magasins du Louvre, rue de Rivoli, deviendront son client de Noël le plus fidèle — treize hivers consécutifs d'illuminations animées, jusqu'à sa mort en 1932. Chaque décembre, les Parisiens se pressaient devant la façade pour voir ses nouvelles créations.
Ces années d'apprentissage lui enseignent l'essentiel : la lumière n'est pas une décoration, c'est une narration. Chaque ampoule est une note, chaque guirlande une phrase. L'illuminateur est un compositeur de lumière.
Société française de photographie
L'Aubert-Palace, boulevard des Italiens — l'une des grandes salles parisiennes signées Jacopozzi, enseigne lumineuse comprise.
Collection Société française de photographie (SFP)
III1917 — 1918
Le Faux Paris
Secret défense : tromper les bombardiers allemands
En 1917, alors que les zeppelins et les Gotha allemands bombardent Paris nuit après nuit, le gouvernement français fait appel à Jacopozzi pour une mission d'une audace sans précédent : construire un faux Paris au nord de la ville, à Villepinte et Aubervilliers, pour égarer les aviateurs ennemis.
La mission est classée secret défense. Jacopozzi reproduit en grandeur quasi réelle les nœuds ferroviaires les plus visibles depuis les airs : la gare de l'Est, les abords de Saint-Denis et d'Aubervilliers. Des rails peints sur des bâches, des signaux lumineux factices, une gare fantôme qui brille dans la nuit et attire les bombes loin des vraies infrastructures.
L'opération reste méconnue pendant des décennies. Les archives militaires ne seront partiellement déclassifiées qu'après la Seconde Guerre mondiale. Jacopozzi lui-même n'en parlait jamais — ni par modestie, ni par habitude du secret, mais parce que certaines lumières sont faites pour ne pas être vues.
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Plan militaire original du dispositif Faux Paris — zones A2 (fausse gare de l'Est) et B2 (faux quartiers industriels), daté du 5 août 1917.
Illustrated London News, 1920 — Domaine public
IV1925
La Dame de fer
250 000 ampoules, le nom de Citroën dans le ciel de Paris
Le 4 juillet 1925, à l'occasion de l'Exposition internationale des Arts décoratifs, Paris retient son souffle. L'idée est de Jacopozzi : illuminer la Tour Eiffel tout entière, de la base au sommet. C'est lui qui va trouver André Citroën et le convainc de financer le projet — en échange, la Tour portera le nom de la marque.
250 000 ampoules, 57 kilomètres de fils, sept lettres lumineuses de 30 mètres de haut : C · I · T · R · O · Ë · N. Les projecteurs balaient le ciel, les comètes de lumière montent le long des piliers, et le nom de la marque flamboie à 300 mètres d'altitude, visible à 40 kilomètres à la ronde.
L'installation restera en place jusqu'en 1934. Pendant neuf ans, la Tour Eiffel sera la plus grande enseigne publicitaire du monde — et Fernand Jacopozzi son auteur. Paris devient officiellement la Ville Lumière.
Chiffres clés
250 000 ampoules · 57 km de fils · 6 couleurs · visible à 40 km · installation : 4 juillet 1925 · retrait : 1934
V1925 — 1932
Les Années Lumière
Notre-Dame, les grands magasins, la consécration
Le succès de la Tour Eiffel ouvre toutes les portes. Les commandes affluent : Notre-Dame de Paris (1930), les grandes façades des magasins du Louvre pour chaque Noël, les illuminations des ponts de Paris, les enseignes animées des cinémas et des théâtres des Grands Boulevards.
Jacopozzi ne se contente pas d'illuminer — il anime. Il invente les premières enseignes à ampoules séquentielles, ces « réclames lumineuses » dont les lettres semblent s'écrire d'elles-mêmes dans la nuit parisienne. La foule s'arrête, les enfants pointent du doigt, les photographes immortalisent. Paris scintille.
Le 22 janvier 1932, deux semaines avant sa mort, la France l'élève au grade de Commandeur de la Légion d'honneur. Il a cinquante-quatre ans. Il meurt le 5 février 1932, à Paris, laissant une fille, Donatella, née en 1921.
VI5 février 1932
La disparition
Une flamme s'éteint, une mémoire s'allume
Fernand Jacopozzi est inhumé au cimetière du Père-Lachaise, division 86. Sur sa tombe, aucune ampoule, aucun câble — juste une pierre sobre dans la ville qu'il a illuminée pendant trente ans. La Tour Eiffel brillera encore deux ans après sa mort au nom de Citroën, son chef-d'œuvre posthume.
Pendant des décennies, son nom disparaît des mémoires. Ce site, créé par sa famille, est une tentative modeste de restituer à cet homme sa juste place dans l'histoire de Paris et de la lumière. Sa petite-fille Véronique, gardienne des archives familiales, a consacré une partie de sa vie à rassembler témoignages, photographies et documents.
Il reste, aujourd'hui encore, le magicien qui fit de la nuit un spectacle et d'une ville entière, une lanterne.