Magasins du Louvre — Noëls illuminés
Magasins du Louvre
15 000 projecteurs
© Archives Jacopozzi La relation entre Fernand Jacopozzi et les Magasins du Louvre commence le 14 juillet 1919 — le jour du défilé de la Victoire. Jacopozzi illumine ce soir-là l’Hôtel de Ville et, pour la première fois, la façade des Magasins du Louvre sur la rue de Rivoli. Le lendemain, la direction du magasin lui demande de revenir pour Noël.
Il reviendra treize ans de suite.
La façade de la rue de Rivoli
Le cœur des illuminations est la grande façade des Magasins du Louvre sur la rue de Rivoli — le « hall Marengo », face aux arcades. C’est là que Jacopozzi installe chaque année sa fresque principale, souvent sur trente mètres de large ou plus, montant jusqu’aux étages supérieurs.
Le principe est constant, le sujet toujours renouvelé. Une scène animée — personnages, animaux, décors — construite en ampoules de couleur, programmée pour raconter une histoire par séquences successives. Les vitrines en rez-de-chaussée sont coordonnées à la façade, formant un ensemble cohérent visible depuis la rue et depuis les arcades.
La montée en puissance
L’installation de 1919 est déjà impressionnante, mais modeste comparée à ce que Jacopozzi réalisera dix ans plus tard. D’année en année, les dispositifs grossissent.
| Période | Caractéristiques |
|---|---|
| 1919–1921 | Premières façades animées, guirlandes synchronisées, marquises chassantes |
| 1922–1924 | Introduction des scènes figuratives — personnages de Noël, animaux des forêts |
| 1925–1927 | Fresques sur plusieurs étages, coordination vitrine–façade, couleurs multiples |
| 1928–1931 | Jusqu’à 15 000 ampoules, animations complexes, effets de chute de neige lumineuse |
Le coût des grandes installations atteint 500 000 à 1 000 000 de francs — une somme que les Magasins du Louvre considèrent comme un investissement : les files de badauds devant les vitrines illuminées se transforment en clients.
La « boîte à musique »
C’est pour les Magasins du Louvre que Jacopozzi perfectionne le système qu’il a breveté en 1911 et qu’il améliore jusqu’à la fin de sa vie : la boîte à musique électrique. Un tambour rotatif portant des contacts métalliques déclenche, au fil de sa rotation, l’allumage et l’extinction de chaque circuit d’ampoules selon un programme écrit à l’avance.
En 1927, Jacopozzi dépose un nouveau brevet intégrant des servomoteurs qui permettent des transitions plus douces et des cadences plus rapides. La marche d’un personnage animé, la chute d’un flocon de neige, le balancement d’une cloche — chaque mouvement est calculé en nombre de contacts sur le tambour, en millisecondes par étape.
Les ingénieurs qui visitaient les installations hivernales des Magasins du Louvre venaient moins voir le résultat que comprendre comment c’était fait. Jacopozzi ne montrait pas.
La fidélité réciproque
La relation avec les Magasins du Louvre n’est pas seulement commerciale. La direction du magasin offre à Jacopozzi une liberté créative totale : il choisit le sujet de chaque fresque, conçoit la scénographie, impose ses propres délais de montage. En échange, il garantit que personne d’autre à Paris ne verra quelque chose de comparable.
Pendant treize ans, il tient parole. Les façades de Noël des Magasins du Louvre sont, chaque décembre, le spectacle le plus commenté de la capitale.
La tradition s’arrête avec la mort de Fernand Jacopozzi le 5 février 1932. Les Magasins du Louvre n’ont jamais trouvé de successeur à la hauteur. La façade des Magasins du Louvre perd ses lumières animées, et Paris perd quelque chose qu’elle ne saurait nommer exactement.