Hôtel de Ville — Défilé de la Victoire
Ville de Paris
© Archives Jacopozzi Le 14 juillet 1919, Paris célèbre la victoire. C’est le premier 14-Juillet depuis 1913 — quatre années de guerre, deux millions de morts français, et maintenant l’armistice. La République a décidé de marquer le retour de la paix avec la plus grande fête nationale de son histoire.
Ce soir-là, Fernand Jacopozzi illumine l’Hôtel de Ville de Paris.
Le défilé du siècle
Le cortège du 14 juillet 1919 entre dans l’histoire avant même que la nuit ne tombe. Cent mille soldats des armées alliées défilen sous l’Arc de Triomphe, descendent les Champs-Élysées, traversent la place de la Concorde, longent la Seine jusqu’à la place de la République. À leur tête, les maréchaux Joffre et Foch sur leurs chevaux blancs. Devant eux, les mutilés de guerre — « les gueules cassées » — qui ouvrent le cortège comme un rappel de ce que la victoire a coûté.
Des millions de Parisiens bordent le parcours depuis l’aube. Beaucoup ont attendu toute la nuit.
Le soir appartient à la lumière.
L’Hôtel de Ville
L’Hôtel de Ville est le cœur symbolique de la Troisième République. C’est là que la République est proclamée en 1870, là que la Commune brûle en 1871, là que les gouvernements successifs administrent Paris. Sa façade néo-renaissance, reconstruite après l’incendie de 1871, est l’une des plus ornées de la capitale — des centaines de statues, des arcades, des tourelles, deux tours latérales.
Pour une fête nationale d’une telle ampleur, la façade doit rayonner.
Jacopozzi installe ses projecteurs en plusieurs positions : au sol, dans les fenêtres du rez-de-chaussée, sur les toits des bâtiments en face. Il utilise la technique de la lumière rasante qu’il perfectionne depuis plusieurs années — les projecteurs à angle faible révèlent chaque relief sculpté, chaque statue dans sa niche, chaque moulure des corniches. La façade n’est pas éclairée : elle est modelée.
La nuit du 14 juillet, l’Hôtel de Ville brille à l’extrémité de la rue de Rivoli comme un palais de lumière.
La rencontre avec les Magasins du Louvre
Ce même soir, Jacopozzi illumine également la façade des Magasins du Louvre — le grand magasin de la rue de Rivoli, à quelques centaines de mètres de l’Hôtel de Ville.
C’est une commande de circonstance, une façade parmi d’autres dans le dispositif général des illuminations de la fête nationale. Mais le lendemain, la direction des Magasins du Louvre lui envoie un message : ils souhaitent le revoir pour Noël.
Il reviendra treize ans de suite.
La nuit du 14 juillet 1919 est ainsi doublement fondatrice : elle marque l’entrée de Jacopozzi dans le cercle des illuminateurs officiels de Paris, et elle ouvre la plus longue relation commerciale de sa carrière. Les illuminations de Noël des Magasins du Louvre, qui feront de lui la figure incontournable de décembre parisien jusqu’à sa mort en 1932, sont nées de cette soirée de juillet.
Une carrière au service des grandes heures
Le défilé de la Victoire n’est pas une commande isolée. Il s’inscrit dans un mouvement plus large : à partir de 1919, chaque grande cérémonie nationale à Paris passe par Jacopozzi.
En 1929, il illumine simultanément l’Arc de Triomphe, la Place de la Concorde, La Madeleine et l’Opéra Garnier pour les festivités commémoratives. En 1930, il revêt Notre-Dame de Paris d’une lumière rasante qui redéfinit l’éclairage architectural. En 1931, l’Exposition coloniale lui confie le temple d’Angkor Vat — sa dernière grande réalisation.
La carrière de Jacopozzi est celle d’un homme qui arrive à Paris à vingt-deux ans, étranger et inconnu, et qui devient en trente ans l’illuminateur attitré de la République pour ses moments les plus solennels.
Le 14 juillet 1919 est le premier soir où Paris l’a reconnu.