Exposition universelle de Paris
Comité de l'Exposition universelle
© Archives Jacopozzi En 1900, Fernand Jacopozzi a vingt-deux ans. Il est né à Florence le 12 septembre 1877, dans une famille de la bourgeoisie florentine. Ingénieur de formation, fasciné par l’électricité — la nouvelle magie du siècle —, il a entendu parler de ce que Paris prépare pour l’Exposition universelle. Il prend le train.
Il ne reviendra jamais vivre en Italie.
L’Exposition universelle de 1900
L’Exposition universelle de Paris s’ouvre le 14 avril 1900 et se referme le 12 novembre. En sept mois, elle accueille cinquante millions de visiteurs — le chiffre le plus élevé jamais atteint par une exposition mondiale à cette date. Les nations du monde entier y exposent leurs progrès industriels, artistiques et coloniaux sur les rives de la Seine, du Champ-de-Mars jusqu’aux Invalides.
C’est l’apogée de la Belle Époque, le moment où l’Europe croit sincèrement que le progrès est une marche sans fin vers le bonheur. Et le progrès, en 1900, c’est d’abord l’électricité.
Le Palais de l’Électricité
Au cœur du Champ-de-Mars se dresse le Palais de l’Électricité, conçu par l’architecte Eugène Hénard. C’est un bâtiment de métal et de verre de 70 mètres de hauteur, recouvert le soir de 5 000 lampes à incandescence et de projecteurs arc-électrique. Son dôme central, surmonté d’une « Fée Électricité » de vingt mètres, illumine le Champ-de-Mars comme une aurore boréale artificielle.
Dans l’axe du Palais, le Château d’Eau — une cascade monumentale — réfléchit les couleurs des projecteurs dans ses bassins successifs. Rouge, bleu, vert, blanc : les eaux changent de teinte selon les séquences programmées par l’équipe d’ingénieurs électriciens.
C’est dans cette équipe que Jacopozzi trouve sa première place à Paris.
L’apprentissage par l’immersion
Il n’est pas encore Jacopozzi l’illuminateur. Il est un jeune technicien parmi d’autres, qui pose des câbles, qui règle des intensités, qui apprend à lire un plan d’implantation de projecteurs. Mais ce qu’il voit chaque soir — la façade du Palais qui s’allume séquentiellement, le public qui lève les yeux, les enfants qui n’ont pas de mots — imprime en lui quelque chose d’irréversible.
L’électricité peut être spectacle. La lumière peut être narration. Un ingénieur peut être artiste.
La décision de rester
L’Exposition ferme en novembre 1900. Des dizaines de milliers d’ouvriers, de techniciens, d’artistes rentrent chez eux. Jacopozzi reste.
En 1901, il entre à l’entreprise Paz et Silva, spécialisée dans les installations électriques et les enseignes lumineuses. Il y restera jusqu’en 1903. En 1903, il crée sa propre société : Jacopozzi et Cie, d’abord rue Popincourt, puis rue Sainte-Anne. En 1907, il fonde les Établissements Jacopozzi, rue du Chemin-Vert, puis rue René-Boulanger.
La trajectoire est celle d’un homme qui sait ce qu’il veut. En 1900, l’Exposition universelle lui a montré ce que la lumière électrique pouvait faire. Pour le reste de sa vie, il cherchera à faire mieux.
Une filiation lumineuse
Il est tentant de tracer une ligne directe : de la cascade électrique du Château d’Eau de 1900 aux 250 000 ampoules de la Tour Eiffel Citroën de 1925, de la Fée Électricité en dôme à l’illumination rasante de Notre-Dame en 1930. Ce sont les mêmes questions — comment programmer la lumière, comment cacher la source, comment faire battre une aile ou courir une lettre dans le ciel — portées à une échelle de plus en plus grande, avec une maîtrise de plus en plus précise.
Jacopozzi n’a jamais écrit sa propre histoire. Mais dans ses derniers entretiens, il dit :
« Je suis décorateur et j’aime la lumière. Avec elle, je souhaite créer une atmosphère de joie et de beauté. »
C’est à Paris, en 1900, devant le Palais de l’Électricité, que cette phrase a commencé à prendre forme.