Temple d'Angkor — Exposition coloniale
Commissariat général de l'Exposition coloniale
150 projecteurs
© Archives Jacopozzi L’illumination du temple d’Angkor Vat à l’Exposition coloniale internationale de 1931 est la dernière grande réalisation de Fernand Jacopozzi. Il mourut onze mois après la clôture.
L’Exposition coloniale de 1931
Du 6 mai au 15 novembre 1931, le bois de Vincennes se transforma en capitale éphémère de l’empire français. Sur 110 hectares — six kilomètres de long — s’élevaient près de deux cents pavillons représentant les colonies de France et d’une dizaine de nations étrangères. Trente-trois millions d’entrées furent comptées ; près de huit millions de visiteurs uniques firent le déplacement.
Le commissaire général était le maréchal Hubert Lyautey, nommé dès 1927. Il conçut l’Exposition comme une démonstration de puissance — et comme un spectacle. La nuit, il voulait que Vincennes flamboie.
La réplique du temple d’Angkor Vat
Clou de l’exposition, la réplique du corps central du temple d’Angkor Vat fut érigée par les architectes Charles et Gabriel Blanche. Gabriel avait séjourné au Cambodge pour en rapporter relevés archéologiques, aquarelles et moulages — la patine millénaire du grès khmer fut reproduite à l’identique en staff et plâtre.
L’édifice mesurait 250 mètres de long, 55 mètres de large, avec une tour centrale de 55 mètres de hauteur. Sa surface au sol dépassait 5 000 m². Le coût de construction s’éleva à 12 400 000 francs. Deux niveaux d’exposition intérieurs présentaient les réalisations de l’Indochine française.
La réplique fut entièrement démolie après la clôture de l’exposition — sa structure temporaire n’était pas faite pour durer.
L’illumination de Jacopozzi
Fernand Jacopozzi reçut la mission d’illuminer le temple, les fontaines lumineuses et la section italienne de l’exposition. Pour Angkor, il déploya une puissance électrique considérable : 142 kilowatts répartis sur l’ensemble du bâtiment.
| Zone | Matériel |
|---|---|
| 5 tours du temple | 32 projecteurs de 1 000 W |
| Façades des cours intérieures | 80 projecteurs de 1 000 W |
| Façades extérieures | 30 projecteurs |
| Sommets des toits | 4 grands projecteurs à arc de 150 A |
Les projecteurs étaient dissimulés dans le sol et dans la végétation pendant la journée — une signature de Jacopozzi, qui brevetait ses techniques de camouflage. La nuit venue, le temple surgissait de l’obscurité sans que l’on vît jamais la source.
Les couleurs changeantes
L’originalité de cette réalisation tenait à ses filtres colorés : interposés devant les projecteurs, ils baignaient successivement les façades en vert, jaune, blanc et rouge. Chaque soir, le temple changeait de visage. Les quatre grands projecteurs à arc, positionnés sur les toits, créaient un halo en éventail au-dessus des cinq tours.
« Sous le feu des projecteurs, le temple embrasé semble taillé dans un bloc d’or resplendissant. »
— Presse française, été 1931
Le photographe Léon Gimpel immortalisa ces nuits en autochromes — les seules photographies en couleur de l’illumination. Sa technique : une double exposition, au crépuscule puis à la nuit tombée, pour saisir à la fois le ciel et les reflets colorés dans les bassins.
Une ultime réalisation
C’est le chant du cygne de Fernand Jacopozzi. Après la Tour Eiffel Citroën (1925), Notre-Dame de Paris (1930) et la cathédrale de Rouen (1931), l’Exposition coloniale est sa dernière grande commande. Il reçut le grade de Commandeur de la Légion d’honneur le 22 janvier 1932, et mourut quelques semaines plus tard, d’un cancer, à cinquante-quatre ans.
Beaucoup de visiteurs ne virent jamais le temple de jour. Ils venaient le soir, attirés par la lumière.