Paris · 1877 — 1932

FERNANDJACOPOZZI

Le magicien de la lumière · celui qui fit de Paris la Ville Lumière
Acte I — V · Récit en quatre lumières Défilez ↓

« La Tour Eiffel avait revêtu sa plus belle robe du soir. »

— Marie Laurencin, 1925
Acte premier

L'arrivée d'un
Florentin

Paris, 1900

À vingt-trois ans, Fernando débarque dans une capitale métamorphosée par l'Exposition universelle. Au Palais de l'Électricité, des fontaines changent de couleur. Pour lui, ce sera une révélation.

Mais l'expatriation referme ses portes, et Paris s'enracine dans le noir. Aîné de sept enfants d'une famille aisée de la bourgeoisie florentine, parti tenter sa chance en France, il prend alors une décision : il apprendra l'électricité. Il deviendra celui qui rendra à la nuit parisienne ce qu'elle avait perdu.

Palais · Électricité
1900
Palais de l'Électricité
Exposition universelle
22 ans · Florence → Paris
1877
Naissance · Florence
7
Aîné de sept enfants
1900
Arrivée à Paris
Acte deuxième

Le Faux Paris

— secret défense, 1917–1918

Quand les bombardiers allemands commencent à zébrer le ciel parisien, Clemenceau fait appel au magicien des lumières. Sa mission : devenir maître des ombres et, bien, en secret, le mime de Paris.

Vingt kilomètres au nord-est, sur une boucle de la Seine identique à celle qui traverse la capitale, Jacopozzi construit une réplique nocturne : une fausse gare de l'Est entre Sevran et Villepinte, de faussses usines, de faux Champs-Élysées. Des bâtiments en bois recouverts de toiles peintes translucides. Des lampes blanches, jaunes et rouges éclairant alternativement des vapeurs produites artificiellement — comme les fournaises des vrais ateliers.

Son chef-d'œuvre : un train en marche. Sur dix-huit cents mètres, des centaines d'ampoules s'allument l'une après l'autre, faisant courir une lumière progressive d'une exactitude à faire frémir. Vu d'en-haut, l'illusion est parfaite.

Le dispositif fut prêt après le dernier raid allemand. Il ne sera jamais testé. On apprendra plus tard que les Allemands préparaient la même stratégie.

Carte 47-B · Échelle approx.
Secret Défense
N · 48°57'12"
E · 02°31'04"
Sevran ←→ Villepinte
≈ 20 km N-E de Paris
Acte troisième

La Dame de fer

— exposition des arts décoratifs, 1925

À l'occasion de l'Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes, Gabriel Thomas, administrateur de la Société de la Tour Eiffel, souhaite animer la Dame de fer d'un jeu de lumière jamais vu. Il fait appel à Fernand Jacopozzi.

Une maquette de bois et de mica métiers. Électricité, séduit, les institutions. Renvoi à monsieur Peugeot. Les Magasins du Louvre refusent. Louis Renault refuse. André Citroën convoque l'ingénieur pour l'audace personnellement du projet, donne son accord — et conservera jusqu'à sa mort le contrôle direct de tout ce qui touche à la Tour.

Le 23 mai 1925, les travaux commencent. Un cordeau de 300 mètres arrime à son socle jusqu'à un transformateur au pied du pilier sud. Trente-deux câbles, quinze tonnes courent sur 250 mètres jusqu'à la cabine de distribution au deuxième étage.

Les discrétions habituelles refusent de monter. Jacopozzi recrute des gabiers de la marine et des acrobates de cirque, suspendus dans le vide, posant sur 100 ampoules de six couleurs sur les kilomètres de fils. Le 4 juillet à quatre heures du matin, depuis un bateau-mouche, il sera pour la première fois un être allumé Paris.

Dix animations s'enchaînent toutes les quarante secondes : robe d'étoiles, signes du zodiaque, flammes — et ces fameuses comètes qui jaillissent de haut en bas pour dessiner le nom CITROËN. La Tour brille à cinquante kilomètres à la ronde. Deux ans plus tard, Charles Lindbergh, premier pilote à traverser l'Atlantique en solitaire, racontera avoir vu de très loin l'éclairage de la Tour Eiffel cette nuit-là — et par cette clarté l'aida beaucoup.

Tour Eiffel · 4 juillet 1925
250 000 ampoules
· 90 km de fils ·
250 000
Ampoules de six couleurs
90 km
De fils tendus dans le vide
50 km
Rayon de visibilité nocturne
Acte quatrième

Les Années
Lumière

— 1925 — 1932

Sept années de règne. Chaque hiver, les grands magasins parisiens se livrent une bataille de lumière pour le plaisir de la foule, et Jacopozzi en est l'arbitre incontesté.

Tout commence en 1919, à peine la paix revenue. Les Grands Magasins du Louvre, place du Palais-Royal, lui commandent les premières illuminations civiles de l'après-guerre. Le Hall Marengo devient son laboratoire : décors animés sur dix mètres de haut, motifs si saisissants que l'enseigne les revend à l'unité une fois la fête achevée. Pendant treize hivers de suite, jusqu'à sa mort, ce sera son client le plus fidèle.

L'émulation s'empare des autres. Au Bon Marché, une cigogne de quatre mille six cents ampoules déploie ses ailes au-dessus d'un village miniature, distribue des jouets, s'éloigne dans une neige qui s'arrête. Au BHV, le clown jongle. Aux Galeries Lafayette, les boules à facettes tournent sur trente mètres de haut. À la Samaritaine, le Père Noël. Tout Paris vient regarder.

« Il créait ces illuminations de Noël pour que même les enfants pauvres aient droit à un spectacle féérique. »
— Donatella, sa fille

Tour après tour. Notre-Dame baignée en juin 1930 d'une lumière indirecte de cinq cents projecteurs — un procédé qu'il invente et que le monde entier copiera. Le temple d'Angkor reconstitué pour l'Exposition coloniale de 1931. La cathédrale de Reims pour le cinquième centenaire de Jeanne d'Arc. Ses ateliers exportent en Angleterre, en Belgique, en Espagne, jusqu'en Amérique du Sud.

MAGASINS DU LOUVRE
Hall Marengo · 1919 — 1931
Hall Marengo · motifs revendus à l'unité · 1919 — 1931

« Je suis décorateur et j'aime la lumière. Avec elle, je souhaite créer une atmosphère de joie et de beauté. »

— Fernand Jacopozzi, dans l'un de ses derniers entretiens
12 septembre 1877 · 5 février 1932